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Le lancement du site étant le lundi 12 septembre, les Atoubaa Letters deviennent bimensuelles.
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Dentelle, robe d’époque imposante, et boots délacées, Heather Agyepong est une Lady Sarah Forbes Bonneta moderne, le temps de cette série appellée « Too Many Blackamoors » que l’on peut traduire par « Trop de Nègres ». La jeune artiste londonienne incarne la filleule antillaise adoptive de la reine Victoria qui fut amenée à emménager dans la capitale anglaise très jeune durant le 19e siècle. À travers elle, Agyepong illustre ses réactions personnelles face aux micro-agressions, aux stéréotypes combattus dans son quotidien de femme noire et le racisme ambiant européen. Elle pose heurtée, soucieuse, muette et dissimulée, comme explosant de colère.

Le weekend dernier Too Many Blackamoors faisait partie de Unmasked Women, exposition autour de l’expérience noire britannique et de la santé mentale. - Gaëlle


S’il est difficile de faire l’impasse sur le raz-de-marée nommé Beyoncé, la plus grande gagnante des VMAs reste peut-être Teyana Taylor, dans la mesure où personne ne l’attendait ce jour-là. Après son apparition dans Fade, le nouveau clip de Kanye West, la chanteuse a buzzé comme jamais auparavant. De la chorégraphie à sa silhouette en passant par sa performance : il n’y avait rien qui ne méritait pas notre admiration. C’est pourquoi on ressent une certaine amertume quand le Fader nous révèle les inspirations du réalisateur. 

Eli Russel Linnetz était en charge du projet, un jeune réalisateur de 24 ans qui collabore avec Kanye West depuis ses 17 ans. Pour savoir comment filmer ces corps huileux, celui ci s’en est remis à Pornhub et son « meilleur » des années 70. Quant à ce portrait de famille où Teyana apparaît nue et transformée en lionne, la chorégraphe Jae Blaze l’interprète comme une métaphore sur la femme protégeant ce qu’elle a de plus précieux (la féline est réputée pour être très protectrice). Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser à cette célèbre photo « Jungle Fever » de Grace Jones et Jean Paul Goude, que Linnetz cite aussi comme inspiration. Il y a un vrai malaise à voir ces références dont on a depuis dénoncé le racisme dans ce qui devait être un hommage à Teyana. Un vrai malaise, quand on voit que ce qui a procuré tant de joie à tant de femmes ne venait que des lubies fétichistes d'un homme blanc. - Pierre


Cela fait quelques temps que je me questionne sur l’envers de l’étiquette « alternative » collée à la masculinité de Young Thug aka Jeffery. Dans mon dernier article pour Noisey, j’explore la question en profondeur en faisant un parallèle avec ses prédécesseurs, de Rick James à Busta Rhymes. Depuis la parution de l’article, j’ai eu quelques échanges intéressants sur la question et je pense qu’il est important de préciser quelque chose qui n’était peut-être pas assez claire.

Je suis persuadée que Young Thug apporte une nuance au Hip Hop d’aujourd’hui qui a tendance à pencher vers l’hyper-masculinité. Il rentre clairement dans cette catégorie d’hommes noirs qui refusent de se conformer et choisissent une identité -esthétique- propre, à l’opposé de la culture dominante (sur Tumblr ils disent #carefreeblackmen). Mais quand Young Thug dit «  je peux être un gangster en jupe » il dit aussi «  je peux porter une jupe et toujours user de violence quand il le faut, de misogynie, et de toutes ces autres choses qui définissent une masculinité toxique ». Si proposer une alternative c'est dire aux hommes qu'ils peuvent porter ce qu'ils veulent, sans jamais remettre en cause leurs rapports à la sensibilité, aux femmes et à d'autres hommes, on n'est pas prêt de voir le bout du tunnel. - Rhoda


Comme il l’a été pour moi, il y a de fortes chances que Meaty soit le livre le plus drôle que vous serez amenés à lire. Dans une collection d’essais directement inspirés de sa vie et de son blog «bitches gotta eat», Samantha Irby relate des mésaventures qui sont pourtant loin d’être drôles. Mais celle-ci n’est pas du genre à se laisser abattre et cela se ressent dans ses écrits. Sur un ton léger, elle trouve le moyen de prendre la vie du bon côté même après avoir été diagnostiquée de la Maladie de Crohn. Tout au long du livre, l’humour et le tragique se côtoient parce que Irby les manie avec la même verve... et n’est jamais à court de gros mots pour exprimer ses sentiments, qu’ils soient positifs ou négatifs. - Bianca


Atoubaa Letters est notre sélection commentée des artistes
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