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« Pour ceux d’entre nous qui osent penser différemment, qui cherchent à se détourner des manières conventionnelles de voir la condition noire et/ou nous-même, la question de la race et de la représentation ne concerne pas simplement une critique du statu quo. Il s’agit aussi de transformer l’image, de créer des alternatives, de se poser des questions sur quels types d’images subvertissent, posent des alternatives critiques, transforment nos visions du monde et nous éloignent d’une pensée binaire du bien et du mal. » bell hooks, Black Looks.

L’Afrique du Sud fascine, souvent pour les mauvaises raisons. Dans Black Social Photography in South Africa, Edward Kgosidintsi analyse le contexte socio-historique qui a vu naître une certaine photographie documentaire, marquée par un regard blanc opportuniste, intrusif, intéressé par une histoire indissociable de l’avant/après apartheid. Comment décoloniser cette photographie ? Kgosidintsi propose un début de réponse à travers les objectifs des photographes noir(e)s sud-africains. Ceux et celles qui proposent des visions de concernés, libérées de cette version unique ou idéalisée de la réalité. Dans les clichés de Santu Mofokeng, Noncedo Gxekwa, Sabelo Mlangenie et bien d’autres, on retrouve ces alternatives qui transforment et rendent à l’Afrique du Sud ses multi-facettes. - Rhoda


Claudia Rankine

Claudia Rankine

Deux de mes auteures préférées, Maggie Nelson et Claudia Rankine, ont reçu le prix MacArthur la semaine dernière, décerné par la fondation du même nom. C’est mérité.

Claudia Rankine est l’auteure du très acclamé Citizen, sorti en 2014. Méditation poétique et visuelle sur la race aux Etats-Unis mais aussi ailleurs (il y a tout un passage sur Zinédine Zidane et le «coup de boule»), le livre qui est sorti quelques mois après la mort de Michael Brown, a été réédité en 2015 pour inclure le nom de personnes tuées par la police.

L’un de mes textes préférés de Rankine, aussi inclus dans Citizen, est sur Serena Williams et la colère, intitulé Be Angry (« Sois en colère »). Elle revient sur un archétype communément associé à la femme noire, The Angry Black Woman. À travers le parcours et la position de Serena Williams dans le monde très blanc du tennis, elle montre à quel point il est difficile pour les femmes noires d’être multidimensionnelles, d’exprimer leur colère, leur tristesse, ou même leur joie sans que ces expressions d’émotions soient ré-interprétées comme des affronts par le regard blanc. Le monde du tennis devient une métaphore pour le monde en général. Quand elle n’écrit pas magnifiquement sur la plus grande sportive du monde, elle se fait critique d’art et analyse majestueusement le travail de l’artiste contemporaine Toyin Odutola.

Le prix MacArthur représente 650 000 dollars versés pendant 5 ans. C’est toujours réjouissant, surtout quand on écrit soi-même, de voir des poètes être récompensées. Car bien qu’écrire est une profession à part entière, il est très difficile d’en vivre, surtout pour des femmes, surtout pour des poètes. - Fanta


« One day, I was minding everyone’s business... » 4e page du premier livre de Luvvie Ajayi et j’ai déjà des crampes aux abdos. Dans son blog Awesomely Luvvie elle critique la pop culture, les réseaux sociaux et raconte les mésaventures des célébrités avec son légendaire sens de l’humour. Sur un ton acerbe et ponctué de métaphores les unes plus hilarantes que les autres, Ajayi reprend la même formule que son blog, le tout condensé dans un essai que vous aurez du mal à lâcher. - Bianca


Atoubaa Letters est notre sélection commentée des artistes
à suivre, des livres et articles à lire et des albums à écouter.