#7

Franc, saisissant, troublant, nécessaire: ce sont autant de qualificatifs qui viennent à l'esprit lorsqu'on visionne 13th d'Ava DuVernay. Après avoir ouvert le New York Film Festival il y a quelques semaines, l'immanquable documentaire est désormais disponible sur Netflix. Cent minutes d'entrevues, de données et d'archives, pour recontextualiser la naissance d'une nation et en comprendre les enjeux. Le film tacle sans détour, les failles du 13ème amendement de la constitution américaine qui est le socle légal de l'abolition de l'esclavage aux États-Unis. Ses failles sont pour beaucoup, le terreau de la criminalisation dont les communautés afro-américaines sont toujours victimes à ce jour.

« Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n'est en punition d'un crime dont le coupable aura été dûment condamné, n'existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction. » Ainsi cette phrase garantissant la liberté de millions de personnes, contenaient aussi la clause qui justifiera qu'on les enchaîne toujours physiquement, socialement, psychologiquement et surtout massivement plus d'un siècle et demi plus tard. Une approche que l'auteure et spécialiste des droits civiques Michelle Alexander développe dans son livre The New Jim Crow : Mass Incarceration In The Age Of Colorblindness. Un angle qu'Ava DuVernay reprend en partie, en explorant les époques, pour dévoiler les intrigues d'une société américaine dont les blessures sont plus béantes que jamais.

Au cœur d'une campagne présidentielle en cours quelque peu tapageuse, des hashtags endeuillés à n'en plus finir, 13th fait tomber les masques. - Adama


Depuis juillet dernier, l’application Arts & Culture de Google met à la disposition des plus intéressés des centaines de milliers d’oeuvres d’art, en offrant parmi d’autres fonctionnalités la possibilité de zoomer sur les détails ou tout simplement d’explorer des expositions virtuelles. Cette semaine, en partenariat avec Black Cultural Archives, Google met à l’honneur ces femmes noires qui ont marqué l’histoire de la Grande Bretagne. L’occasion de découvrir ou (re)découvrir des auteures de la trempe de Claudia Jones, des activistes comme Kathleen Wrasama et bien d’autres aux histoires souvent méconnues du grand public. - Rhoda


Gabriel Union dans A Birth of A Nation

Gabriel Union dans A Birth of A Nation

Birth of A Nation, le film de Nate Parker sur Nat Turner, est sorti aux Etats-Unis et les critiques ne sont pas tendres. Pour ceux qui ont suivi  l'ascension fulgurante du film après sa première projection au festival de Sundance, ce retour de bâton peut surprendre. Ou pas. Peu après cette première, une accusation pour viol contre le réalisateur et son co-scénariste est remontée à la surface compromettant l’image un peu subversive que Nate Parker avait construite jusque là. 
Le film et la controverse ont inspiré des débats intéressants sur les réseaux sociaux et dans les milieux critiques. Et parce que les thèmes de ces discussions sont liés à l’art, l’éthique et la représentation des femmes noires et de la violence (sexuelle), ils nous intéressent forcément.

Dans le New York Times,  l’universitaire Salamishah Tillet revient sur la représentation des femmes noires, « réduites au silence » pour reprendre directement ses termes. Dans le New Yorker, le critique Richard Brody offre une analyse nuancée du film et revient sur une non-question fondamentale : est-il nécessaire de séparer l’artiste de l’œuvre ? Birth of a Nation nous dit que non, pour le meilleur et pour le pire. Gabrielle Union qui joue une des femmes noires qui se fait violer dans le film s’est exprimée plusieurs fois au sujet du film et de sa propre expérience en tant que survivante d’un viol. Dernièrement, elle a déclaré soutenir les boycotts du film.

Je dis toujours qu’il faut faire confiance aux acteurs et actrices noirs, à leur capacité à s’exprimer librement à l'intérieur de systèmes racistes et patriarcaux qui les censurent. Il est évident que Gabrielle Union a participé à l’écriture de son personnage que ce soit par son jeu d’actrice ou par son intervention dans le scénario lui-même. Il serait donc très condescendant et contre-productif de ne pas parler de sa performance dans les critiques de la représentation des femmes noires dans le film. S’il y avait une raison de soutenir le film c’est bien Gabrielle Union dont la position délicate m’oblige à ne pas me désintéresser totalement d’un projet qui devient de plus en plus antipathique. - Fanta


insecure-hbo-atoubaa.jpg

Plus de trois ans se sont écoulés entre 2013, l’année durant laquelle Issa Rae, créatrice de la websérie The Misadventures of Awkward Black Girl (les mésaventures d’une femme noire un peu maladroite) a signé un deal de développement avec la chaîne américaine HBO et la diffusion du pilote de la série Insecure sur la même chaîne, le 5 octobre dernier. Entre temps, la question de la représentation des Noirs à la télé et au cinéma n’a pas cessé d’être posée. Des nouvelles séries noires de qualité sont arrivées au compte-goutte, dépeignant surtout la famille (Black-ish, Queen Sugar) et la masculinité (Atlanta, Luke Cage). Il manquait à l'appel une dramédie relatant les enjeux d'une féminité noire non caricaturale – que ceux qui en ont soupé de la sassy black best friend lèvent la main – qui montrerait des jeunes adultes noires négociant boulot, vie amoureuse et aspirations personnelles de manière réaliste. Des filles « comme nous » ?

À la vue du premier épisode d'Insecure, on se dit que la révolution attendue reste encore à venir. Entre un jeu d'actrices outré, une réalisation mal assurée de la pourtant expérimentée Melina Matsoukas (les clips de Beyoncé, c'est elle), deux ou trois vannes font pourtant mouche : Drake, ça marche toujours. Alors, en attendant le second épisode, intitulé « Messy as fuck » (Grand désordre), on lit ce fougueux portrait que le magazine Vulture consacre à Issa Rae et ses multiples projets. En lui souhaitant bonne chance… - Mélanie Wanga


La fierté de Baba Segi réside dans ses possessions: trois femmes, sept enfants et une entreprise qui prospère. On pourrait croire que cela lui suffisait, jusqu’au jour où il franchit le pas de sa maison avec une nouvelle femme, plus jeune et qui plus est, diplômée. Le choix de Bolanle en intrigue plus d’un : que fait une femme instruite comme elle au rang de quatrième femme avec un homme de vingt ans son aîné ? De plus, les trois femmes ne voient pas l’arrivée de Bolanle d’un bon oeil et craignent pour le calme de leur foyer. Malgré tout, elle tente tant bien que mal de tomber enceinte, mais ce qui est un combat pour elle est une humiliation pour Baba Segi qui, afin d’affirmer son pouvoir de patriarche, se doit de lui faire un enfant.

Lola Shoneyin, est une poétesse qui laisse transparaître son style dans un récit imagé, conté sur un ton mélodieux et ponctué de métaphores et de proverbes. - Bianca


Atoubaa Letters est notre sélection commentée des artistes
à suivre, des livres et articles à lire et des albums à écouter