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La dernière fois qu’un disque de Common m’a touchée c’était en 2005 : Onze ans déjà de relation compliquée. Alors de « Black America Again » je n’attendais pas grand chose. Je ne m’attendais pas à la délicatesse de Love Star, une de ces ballades-rap qu'il maitrise, ni à l’explosif Pyramids marqué par l’empreinte d’ODB. Et la liste des collaborateurs n’est pas juste alléchante sur le papier, dans la pratique c’est un sans faute. Comme à son habitude, il a confié la production entière à un seul homme. Cette fois c’est Karriem Riggins, épaulé par Robert Glasper et une équipe de vocalistes allant de Bilal à Syd Tha Kyd du groupe The Internet. « Black American Again » a peut-être des airs de « Like Water For Chocolate » mais c’est une version plus jazz, plus moderne, aussi protestataire, une autre lettre d’amour à l’Amérique noire.

Et si la pochette d’album créée par l’artiste photographe Lorna Simpson n'en est pas une preuve suffisante, le court métrage « Black America Again » réalisé par Bradford Young (directeur de la photographie pour Pariah – 2011 ou Mother of George – 2013) devrait faire l’affaire.

On se perd dans le clair obscur saisissant des rues du Baltimore de Freddie Gray, le terrain de jeux d’une nouvelle génération qui ne rejette pas son histoire mais refuse de la subir. Une immersion dans une ville dite abandonnée mais dont les murs ruissellent toujours de traditions puissantes. - Rhoda


L’être et le corps comme outils, Michèle Magema construit son travail à travers la photographie et la vidéo. Née à Kinshasa à la fin des années 70, le statut de réfugié politique de son père lui fait quitter la république démocratique du Congo. C’est en France qu’elle grandit, vit et se construit. Hybride des deux mondes qui cohabitent en elle, bon nombre de ses œuvres reposent sur sa dualité et ses expériences, pour toucher en filigrane à une identité et à des problématiques sociales et politiques.

Dans les courts-métrages Derrière La Mer et Le Bonheur Mortel Final, Michèle Magema aborde le sujet des violences psychologiques et physiques dont sont victimes les femmes. Comme souvent, interprète principale de ses fresques visuelles, elle revêt les interrogations, les mémoires, les souffrances. Comment avancer ? Comment se reconstruire ? Où trouver la force ? La renaissance est-elle possible ? Comment trouver le chemin d’une guérison espérée qu’on soit femme au Kivu ou dans une relation abusive ? Des lambeaux d’une chemise d’homme déchiquetée au bain marin, rythmé par le mouvement des vagues et les polyphonies pygmées, c’est surtout la quête pour la survie que l’on observe solennellement. - Adama


The Black Book, Robert Mapplethorpe – critiqué dans l'article du NYT.

The Black Book, Robert Mapplethorpe – critiqué dans l'article du NYT.

« BBC », mis pour « Big Black Cock ». On peut se demander comment ce tag a pu s'imposer dans une culture largement acquise aux hommes hétéros (blancs). De tous ces tags qui n’existent sur les portails pornos que pour trier des personnes selon des attributs (Ebony, Beurette, BBW, Big Boobs, etc.), c’est en effet le seul qui a trait aux hommes. Et à en juger par leurs profils, les uploaders de ces vidéos ne sont ni bi ni femmes dans leur majorité. Tout comme ceux qui de 13 à 20 ans n'eurent cesse de me questionner sur mon entrejambe, entre 2 blagues homophobes de collégiens.

Ainsi, la fascination serait telle qu’elle pousserait le mâle blanc à aller à l’encontre du code immuable de la masculinité. Si grand pouvoir pour un appendice génital... D’où certains ont pensé que la domination du Noir passerait par son émasculation ? Dans une interview suivant le raid de la mosquée 27 à Los Angeles vue dans Malcolm X: Make it Plain, Malcolm X donnait ce détail sordide : parmi les victimes des policiers, 4 hommes s’étaient fait tirer dans les parties. Difficile dès lors de ne pas voir une continuité avec les plus récentes agressions sexuelles liées à Stop & Frisk (contrôle au faciès).

Si l'ouvrage de Serge Bilé et cette scène de Roots en sont une indication, les hommes noirs ne savent que trop bien d’où vient l’obsession autour de leur sexe et la violence qu’elle inspire; tout comme ils savent en parler. Cependant, il est rare de nous voir parler plus spécifiquement du poids que ces représentations ont aujourd'hui sur nous.

C’est dans ce cadre que Wesley Morris et son long format interviennent. Mêlant anecdotes personnelles et éléments historiques à ses observations sur la pop culture, le critique du NYT restitue bien ce climat pesant fait d'humiliations, fascination malsaine et craintes eugénistes. À l'heure où le nu frontal masculin trouve sa place sur les écrans, le critique se demande aussi quel est l’espace laissé aux hommes noirs pour exprimer leur sexualité. - Pierre


Pourquoi le terme post-racial doit être révoqué aux Etats-Unis ? Est-ce que je peux dire le terme « Nigga » si je ne suis pas noir ? Pourquoi vous-est il interdit de toucher mes cheveux ? Tant de questions auxquelles Phoebe Robinson tente de répondre dans un premier essai réussi. Lorsqu’elle évoque justement la fascination que suscite les cheveux des Noirs, je ne peux que m’y reconnaître. Parce qu’en 2016 on doit encore expliquer à certaines personnes, souvent blanches, que toucher nos cheveux est une invasion de notre espace personnel. Ce sont aussi des sujets qu’elle aborde sur scène en tant que comédienne, sur son blog Blaria (Black Daria), et dans son podcast 2 Dope Queens

Même si j’ai parfois eu l’impression qu’il a été écrit pour des personnes non-noires et bien qu’elle parle de son vécu de femme noire aux Etats-Unis, j’ai apprécié avoir reconnu des similitudes qui rappellent que nos expériences spécifiques restent connectées. - Bianca


Atoubaa Letters est notre sélection commentée des artistes
à suivre, des livres et articles à lire et des albums à écouter.