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Le film est déconseillé aux moins de 10 ans car le discours y est adulte et cru. Dans Vers La Tendresse il est question d’amour, de sexe, de relations hétérosexuelles et homosexuelles. Surtout, il est question de la masculinité et ses performances. Alice Diop, la réalisatrice, suit principalement des jeunes hommes dans ce documentaire court. Elle enregistre leurs paroles et capture leurs corps avec une caméra qui colle aux peaux de ses sujets.

C’est un film qui devait se faire. On parle souvent de la banlieue comme d’un désert affectif, comme d’un monde de brutes où l’on ne sait pas aimer. Alice Diop ne cherche pas forcément à contredire ces discours sociologiques dominants, simplement les confronter à ceux qui vivent cette misère affective et à comprendre ses racines. Les hommes du film tiennent des propos violents mais en contrechamps il y a son regard et ses questions à elle, indispensables.

Nommé cette année aux Césars dans la catégorie meilleur court-métrage, Vers La Tendresse est à voir jusqu’au 8 février sur Télérama ( après avoir écouté ce podcast avec la réalisatrice ). - Fanta


Allongés, dénudés, exposés, offerts dans toute leur volupté, vivants, les corps noirs sont les pièces maîtresses des photos de Deana Lawson. Des inconnus devenus muses, au détour d’une rue de Brooklyn, qui par leur manière d’occuper l’espace ne laissent aucune place à la spéculation : oui, ils sont bien là. Ce n’est pas une mise en scène c'est un morceau choisi de ce qu’ils sont profondément.

Deana Lawson immortalise l’amour de la classe ouvrière noire, celui qui est rarement esthétisé. Un homme dissimulé sous l’étreinte de sa compagne à califourchon, le nourrisson en témoin ; Ce couple imperturbable au milieu du bazar, les rideaux scotchés au mur ; Adam et Eve dans la flore congolaise ; les plus infimes détails révèlent quelque chose des sujets et de l'artiste à l'origine des tableaux « Il y a un amour pour les personnes que je photographie, même quand je fais une image profane, l'amour est toujours le regard sous-jacent » et en l’invitant dans leurs moments les plus intimes, elles le lui rendent bien.

Dans une société conditionnée à voir les corps noirs aux carnations foncées et aux formes imposantes comme laids, menaçants et/ou pornographiques, le travail de Deana Lawson fait un bien fou. - Rhoda


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Après une soirée arrosée dans une villa d’un quartier huppé de San Francisco, un homme et une femme se réveillent dans une chambre. L’histoire d’un soir aurait pu s’arrêter là si « Angela » n’intriguait pas Micah. Il faut dire qu’elle est noire, qu’il est noir, et que l'occurrence est assez rare quand vous fréquentez les cercles « indie » de la ville. S’ensuit alors une virée où ils parcourront San Francisco en long et en large et referont le monde au cours de discussions animées.

Gentrification, relations interraciales, femmes noires vs. hommes noirs : aucune polémique ne sera épargnée. Transfuge de race et de classe, Micah en a beaucoup sur la conscience et n’attendait que de pouvoir enfin s'épancher sur ces sujets avec quelqu’un qui partage cette inconfortable position. Ce faisant, il risque toutefois de passer à côté d’une femme qui ne demandait qu’à le connaître…

Premier long-métrage de Barry Jenkins (et de Wyatt Cenac en tant qu'acteur), Medicine for Melancholy est en partie autobiographique. Alors sorti de la relation qui l’avait amené à San Francisco, l’auteur a écrit les deux personnages à l’image des réflexions entre « pro-noir » et « post-racial » qui le tiraillaient à l’époque où, séparé de son ex non-noire, il portait un nouveau regard sur son environnement.

La plupart d’entre nous devra encore attendre quelques jours pour voir le très attendu Moonlight. En attendant, vous pouvez dès à présent découvrir le film qui a révélé son réalisateur sur les plateformes habituelles (ou ailleurs). - Pierre


De manière générale, je suis plutôt attirée par les auteurs éclectiques qui savent prendre des risques et sortir des sentiers battus. C’est ce qui me plaît chez Roxane Gay qu’aucun genre littéraire n’effraie. De la nouvelle ( An Untamed State ), en passant par l’essai ( Bad Feminist ), et la BD ( Black Panther World of Wakanda ), Gay jongle entre les genres pour ne sortir que le meilleur. Finalement le genre n’est pour elle qu’un support.

Dans Difficult Women, elle s’essaye une nouvelle fois à la fiction à travers une collection d’histoires courtes. Comme le titre laisse entendre, chacune de ces histoires s’articule autour de femmes ayant vécu des épisodes traumatiques : 

la perte d’un enfant, un viol, ou un enlèvement qui remonte à l’enfance… Gay utilise son talent pour donner une voix à chacune de ces femmes, qui vivent des relations destructrices avec les autres et avec elles-mêmes, et consentent aux injustices comme pour se punir des faits d’un sombre passé. Ces femmes qui vivent des histoires difficiles dans un monde difficile.

Autant prévenir, lire ce livre ne sera pas forcément une partie de plaisir tant les thèmes sont durs. Mais la belle plume de Roxane Gay vous emportera dans un ascenseur émotionnel dont vous n’êtes pas prêt de descendre. - Bianca


Atoubaa Letters est notre sélection commentée des artistes
à suivre, des livres et articles à lire et des albums à écouter.