The Ig Curators Series: Nemiepeba (2e Partie)

The Ig Curators Series: Nemiepeba (2e Partie)

Les réseaux sociaux sont devenus le nouveau terrain de jeu des artistes. Avec Twitter, Tumblr, Instagram et Snapchat les moyens de partage de contenu ne cessent de se multiplier, créant de nouvelles possibilités de curation et d’expérimentation pour les artistes et créatifs. Aujourd’hui, des plateformes comme instagram peuvent se vanter d’avoir établie une proximité entre ceux qui créent et ceux qui apprécient. Dans notre série d’interviews IG Curators nous nous intéressons à ceux dont les feeds laissent une impression forte. Ces personnes qui ont réussi à transformer les outils en émotions.

C’est en trainant sur Instagram que je suis tombée sur la page de Nemiepeba. Sa sélection pointue de textes, d’images et de sons m’a tout de suite captivée. Sur le feed de Nemi, l’africanité est omniprésente, les femmes sont mères et noires, et les couleurs pastels adoucissent une réalité souvent brutale. Je l’ai contactée il y a quelques semaines pour en savoir plus et elle a accepté de répondre à mes questions.

Lire la première partie

Pour creuser un peu plus sur la beauté et la laideur, ton feed me rappelle les photographies de Khalik Allah et les peintures de Beatrice Wanjiku. Tous deux n’hésitent pas à se pencher sur ce qui sort de l’ordinaire, qu’il soit physique ou psychologique. Dans un monde où la blanchité et ses standards de beauté sont rois, la condition noire est considérée comme étant laide, il arrive qu’elle soit également dépeinte comme telle sur ton feed – parfois sans détour. En tant que femme noire, penses-tu que reprendre possession de la laideur peut être politique ?
Oui, évidemment. Il y a des mouvements politiques noirs et/ou africains comme African Youth en Norvège, les Black Panthers, le groupe de libération noire MOVE, le parti africain pour l’indépendance de la Guinée  (ndlr : et du Cap-Vert) et beaucoup d’autres, qui ont et qui continuent de se réapproprier cette “laideur”. Autrement dit, qui ont défié et qui bousculent encore le regard blanc et les standards de beauté occidentaux. Il y a beaucoup de puissance dans le fait de (dé)baptiser et se réapproprier quelque chose. Je le répète encore une fois, je crois au pouvoir des mots et des images grâce auxquels nous pouvons bâtir de nouvelles façons de voir la beauté – reprendre possession de la laideur. Pour les personnes non-blanches, reconquérir la “laideur” est un des nombreux procédés de “décolonisation de l’esprit”.                    

J’ai remarqué que tu faisais des collages, et même si je ne suis pas sûre de leur caractère spécifiquement numérique, l’expression de ta propre féminité semble être un thème récurrent. Te décrirais-tu comme une féministe ? Si oui, comment cela influence t-il ton travail ?
Généralement, je ne définis ni ma personne, ni mon travail comme féministe. Par contre, qu’on les perçoive comme cela ne me dérange pas le moins du monde ! Je ne suis pas en désaccord avec la philosophie féministe noire; je suis consciente que je partage et exploite bon nombre de réflexions, principes et idées  qui sont associées au féminisme noir ou au womanism. Cependant, on peut retrouver ces pensées ou principes dans plein d’autres contextes, en d’autres temps et en d’autres lieux. Je suis persuadée que le fait d’étiqueter mon travail et ma personne ne fera que les restreindre ou les limiter. Dans le sens où ça pourrait orienter le regard du spectateur. Comme je l’ai déjà expliqué, ce qui m’intéresse surtout, c’est la création d’un espace ou d’une vision qui soit suffisamment ouverte et qui parvienne à confronter et défier le sexisme, le racisme et l’homophobie. La façon dont les gens me perçoivent m’importe peu.                

Penses-tu que la manière dont les femmes noires se représentent (ou représentent d’autres femmes noires) à travers la photo, la peinture diffère foncièrement de quand d’autres personnes le font ? Comment ?
A mon avis, les expériences des femmes noires se manifestent grâce à tout ce qu’elles créent, directement ou indirectement. Je ne crois pas en l’objectivité. Je pense qu’on vient toute de quelque part. Et ce quelque part est relié à diverses expériences : la couleur, l'âge, le genre, l’orientation sexuelle, la classe, la culture et j’en passe. Je sais que mon travail et la façon dont je me représente n’auraient pas du tout été les mêmes, avais-je été une femme blanche. Bien souvent, les femmes noires se sont retrouvées au plus bas de l’échelle sociale. L’existence du féminisme noir démontre bien le fossé qui sépare les femmes noires des femmes blanches en termes de position sociale et d’expériences collectives, mais aussi les femmes noires des hommes, qu’ils soient blancs ou noirs.

Selon moi les femmes noires proposent une perspective unique en ce qui concerne le sexisme et le racisme, et c’est précisément leur position sociale qui le leur permet.                          

L’ère d’internet a donné naissance à une nouvelle génération de curateurs. Elle a ouvert l’accès à l’art à ceux qui n’ont pas de ressources, et qui sont généralement invisibles dans le milieu. Quelle importance a internet dans tes espaces de création ?
Internet m’a permis de m’aménager un espace où je pouvais explorer et créer. Un espace où mon travail pouvait être vu et apprécié. Depuis que j’ai ouvert mon compte Instagram, je me suis connectée à des gens que je n’aurais jamais rencontrés sans ça. Avoir la possibilité d’échanger des concepts et des idées, de s’inspirer auprès de personnes qui te ressemblent, ça a été primordial dans mon épanouissement personnel et artistique.


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