Affaire Fillon : Un scandale qui nous coûte cher

Affaire Fillon : Un scandale qui nous coûte cher

Voilà plus de trois semaines que le scandale politico-financier autour de la famille Fillon anime les repas et les conversations. Depuis, quelques vers se sont ajoutés au traditionnel refrain du « tous pourris » : « En Scandinavie/Irlande/Ecosse, il sauterait tout de suite ! », « Les Français ont l’habitude de ce type d’affaire ! ». D’ailleurs, dès les premiers jours de l’affaire, The Independent écrivait : « it’s business as usual in French politics

Il aura suffit d’une conférence de presse annonçant le retour du candidat pour que les éditorialistes emboîtent le pas et s’empressent de dédouaner Fillon. Sur BFM TV, Ruth Elkrief est même allée jusqu’à fustiger « la demande un peu totalitaire de transparence ». D’autres ont repris les éléments de langage de ses lieutenants politiques, dénonçant le « lynchage » dont il serait victime depuis deux semaines. La défense de Fillon reposerait ainsi sur l’image d’un homme en proie à une implacable machine médiatique. Une manière de faire oublier qu’il s’agit d’argent public, et que les français sont en droit de demander des comptes à ceux qui touchent indemnités et salaires sur leurs impôts. Quand on se souvient du tollé provoqué par l’affaire Benzema et les grands discours sur l’exemplarité nécessaire pour intégrer l’équipe de France, le simulacre a de quoi faire rire.

Pour François Fillon, qui prône un strict contrôle des dépenses publiques dans son programme d’austérité, on peut continuer à faire campagne après que l’on ait admis avoir détourné des fonds au Sénat. Les excuses complaisantes, qu’entonnent ses lieutenants rejoints par certains éditorialistes, sont des affronts qu’il faut juger à hauteur de la faute politique. Se poser en victime, quand en quelques années sa femme a touché ce que 50% d’une génération gagne en toute une vie, pour un travail qui reste à déterminer, c’est indécent. Gratifier ses enfants de 3800€/mois, quand les jeunes restent l'une des populations les plus précaires, et qu’on ne propose rien sur le plan social, c’est se moquer des Français. Et quand on connaît l’état de ces hôpitaux qui manquent de fonds, comment ne pas voir ces détournements comme une violence de plus ? Du maintien de sa candidature à sa volonté de casser l’appareil social, tout chez Fillon témoigne de l’audace dont seuls ceux imbus de leur impunité sont capables.

Et cette affaire ne fait que conforter l’opinion des Français sur la corruption des élites. Selon une enquête de Transparency Opinion, ils sont 77 % à penser que les députés sont corrompus, et 76 % pour les ministres. Ce type d’affaire a un impact désastreux sur la confiance en la démocratie, et tout particulièrement sur le parti des Républicains. Il devient en effet difficile de représenter « les valeurs de la France », entretenir son prestige à l’étranger, en soutenant un candidat dont la probité n’est plus établie.

Les affaires de corruption se succèdent l’une après l'autre sans que cela ne nous révolte plus. Pour Pierre Lascoumes, directeur au CNRS, l’une des raisons qui l’expliquent est que « la dangerosité de la transgression sociale » n’est alors pas reconnue : puisque le préjudice est impalpable, personne ne se sent réellement lésé. Pourtant, les perdants sont bien les contribuables. Ils y perdent l’argent qu’on aurait pu redistribuer dans des aides sociales, l’amélioration d’une classe de quartier populaire, ou l’installation d’un médecin en zone rurale. Cet argent, qu’on dit rare et nécessaire, se retrouve alors dans les poches de personnes qui ne sont pas les plus à plaindre. Les victimes, les vraies, celles dont on ne dit pas le nom, c’est nous. Nous en tant que contribuables, nous en tant que citoyen-nes. Il est temps de le rappeler à nos représentants politiques.

 


Résolument à gauche, idéaliste sur les bords, optimiste malgré tout, dans « Parti Pris » Kiyémis se mêle de politique française et partage ses observations et ses avis tranchés pendant la campagne présidentielle. La politique est un virus contagieux, chronique à manier avec précaution…

Diop, Doucouré, Gay : les réalisatrices noires imposent leur regard

Diop, Doucouré, Gay : les réalisatrices noires imposent leur regard

La vie rêvée de Mala - Épisode 2

La vie rêvée de Mala - Épisode 2