L’espoir : une denrée devenue rare en politique

L’espoir : une denrée devenue rare en politique

L’année 2017 ne commence pas sous les meilleurs auspices. Les États-Unis s’apprêtent à mettre au pouvoir un homme qui galvanise les mouvements les plus ouvertement suprémacistes, fragilisant un peu plus le niveau de vie et le bien-être de nombreuses personnes, racisées, pauvres et LGBT en première ligne. En Afrique, certains pays ont aussi connu des temps électoraux troubles. Notamment en Gambie et au Gabon, avec respectivement le président Jammeh qui refuse de reconnaître sa défaite et Ali Bongo, fils de l’ancien président, qui s’accroche au pouvoir malgré de nombreuses contestations.

En France, l’ombre des idées d’extrême-droite recouvre de plus en plus le pays. La primaire de droite a remis sur le devant de la scène l’ex-premier ministre de Sarkozy : François Fillon, chantre de la Manif Pour Tous, et porteur d'idées anti-sociales comme cette réforme qui entendait réduire la sécurité sociale à peau de chagrin (retirée de son programme à la dernière minute). Monsieur je-minimise-la-colonisation est ainsi de retour avec un ancien du Front National dans ses soutiens. Et de leur côté, les militants d'extrême-droite pris de court par la victoire de François Fillon aux primaires, s’appliquent désormais à répandre des rumeurs qui le disent proche des musulmans pour le discréditer.

Et à gauche ? Au Parti Socialiste, c'est la débandade. L’année 2016 a été celle d’autres attentats, mais également du débat sur la déchéance de nationalité, regretté un peu trop tard par le futur ex-président, et du mouvement contre la loi Travail dont les manifestations ont réuni des centaines de milliers de personnes. Dans quelques semaines, les tardives primaires socialistes permettront aux électeurs de choisir leur candidat entre plusieurs anciens ministres du gouvernement : Manuel Valls, repenti du 49-3 et « féministe » qui ne récuse ni Sapin ni Baylet ; Vincent Peillon, l’ancien ministre de l'Education rappelé en urgence pour insuffler la dynamique de rassemblement qui manque à l’ancien premier ministre ; Arnaud Montebourg, l’ancien ministre du redressement productif qui s’est fait griller son créneau par Emmanuel Macron ; et Benoît Hamon, qui se positionne comme alternative de « gauche » et compte sur les anciens frondeurs (et la gauche qui croit encore au PS) pour faire un score honorable. Il est difficile de croire en un parti touché par la désaffection massive de ses militants et dont le candidat sortant ne peut même pas se représenter après avoir déçu tout le monde, y compris ceux qui n’attendaient rien de lui. J’observe ces primaires comme une pièce de théâtre en tentant d’oublier tant bien que mal que ce sont nos vies qui sont en jeu.

Parler des candidats de gauche sans mentionner Mélenchon risque de me valoir les foudres de la Méluche Hive, ses supporters plus acharnés que les fans de la Bey Hive. Je n’ai pas l’impression que les questions féministes ou de lutte contre les discriminations racistes et homophobes intéressent sérieusement Mélenchon au delà d’une posture « le racisme c’est mal ». À vrai dire, j’ai d’abord cru que Mélenchon avait à coeur d’arriver au pouvoir pour transformer la Ve République, mais aujourd’hui j’ai du mal à voir comment quelqu’un qui n’est pas capable de faire émerger de nouvelles têtes dans son parti saurait le faire à l’Elysée.

Au milieu de tout ce tintamarre, les fascistes propagent leurs idées néfastes s’appuyant sur les angoisses d’une société qui refuse d’admettre ses défauts et ses failles. Et si vous pensez qu’ils sont forcément encartés FN, détrompez-vous. Leur idéologie réactionnaire se trouve partout : à la télé, à la radio, dans les commentaires des pages Facebook, ou les forums de jeux-vidéos.

C’est dans cette atmosphère lourde et pesante, que nous devons réaffirmer notre volonté de lutte pour la justice sociale, modèle politique à part entière. Commençons par reconnaître qui en sont les acteurs et actrices : les militant-e-s antiracistes, anti-coloniaux, féministes, simplement celles et ceux qui promeuvent l’idée de meilleures conditions de vie pour tou-te-s. Puis décolonisons nos imaginaires à partir des écrits des auteur-e-s critiques comme Felwine Sarr, Achille Mbembe et Léonora Miano, qui nous invitent à repenser ce qu’on appelle « universalité » et « modernité », dans une volonté de construire d’autres référentiels politiques. Alors que les élections présidentielles arrivent dans quelques semaines, il devient urgent de se rappeler que la politique ne se limite pas au vote. Il ne tient qu’à nous de célébrer les héros comme cet homme poursuivi pour avoir aidé des exilés, ou ces jeunes de Vitry qui organisent des maraudes pour tous les sans-abris. La solidarité n’est pas une posture morale, cette « bien-pensance » que veulent en faire les droites extrêmes, mais bien un acte politique fort, à une époque où aider quelqu’un qui n’a pas la bonne situation sociale ou nationalité est considéré comme un mal.

 


Résolument à gauche, idéaliste sur les bords, optimiste malgré tout, dans « Parti Pris » Kiyémis se mêle de politique française et partage ses observations et ses avis tranchés pendant la campagne présidentielle. La politique est un virus contagieux, chronique à manier avec précaution…

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