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À VOIR


Happy Birthday, Marsha!
Reina Gossett, intellectuelle, artiste noire américaine et transgenre, est depuis quelques semaines sous les feux des projecteurs à cause d’une polémique survenue au début du mois octobre. Le réalisateur d’un documentaire Netflix sur l’activiste et icône Marsha P. Johnson aurait exploité et plagié le travail de recherche de Gossett sur Johnson. Au lieu d’un énième paragraphe sur une appropriation qui a lieu ici de manière plutôt évidente, grossière et assez ironique, nous préférons mettre en lumière le projet de Reina Gossett, dont un film sur Marsha P. Johnson toujours en post-production et en besoin de financement. Happy Birthday, Marsha! co-réalisé par Sasha Wortzel, est une fiction sur la vie de l’icône transgenre qui a été une actrice majeure des émeutes de Stonewall. La bande-annonce laisse entrevoir une proposition originale et personnelle, avec pour star l’actrice trans Mya Taylor révélée par Tangerine de Sean Baker.


Festival Cinébanlieue : Lumières Noires
Pour sa 12ème édition, le Festival Cinébanlieue s'intéresse principalement à des cinéastes noirs ou à des films qui ont pour sujet des personnages noirs. À la sélection de films courts, qui permettra de prendre des nouvelles de jeunes réalisateurs et comédiens français inconnus, s’ajouteront des projections d’auteurs confirmés, tels que Med Hondo, Lucien Jean-Baptiste et Mahamat-Saleh Haroun. Une initiative réjouissante même si on note tout de même une faible représentation de cinéastes noires (ou de personnages noirs et féminins). Une attention particulière se porte donc forcément sur les réalisatrices Tracy N’Ganare et Mame Fatou-Niang qui présenteront respectivement Elikia et Les Mariannes Noires.

12ème édition du Festival Cinébanlieue - du 8 au 17 Novembre - programme disponible ici


She’s Gotta Have It
Aujourd’hui, on peut voir le NYT traiter des relations polyamoureuses, plusieurs séries s’essayer au féminisme (avec plus ou moins de succès), et la demande de représentation se faire de plus en plus pressante chez les minorités sexuelles et raciales. À l'opposé, l'œuvre de Spike Lee a souvent été le lieu de critiques sur la représentation des femmes noires, de She Hate Me au tout dernier Chi-raq. Et si on a pu parler de She's Gotta Have It, le film qui a lancé sa carrière, comme d’un manifeste féministe, tout le monde n'a pas digéré sa scène de viol.

Bien que le contexte soit on ne peut plus favorable aujourd'hui que dans les années 80 à la réalité d'une Nola Darling (noire, pansexuelle et polyamoureuse), il y a quelque appréhension à voir Spike Lee – à la carrière par ailleurs dilettante – ressortir les classiques du carton. Mais ce serait à une suggestion de son épouse Tonya Lewis Lee qu’on devrait l'adaptation télévisée du film. À t-elle su le conseiller plus loin pour lui éviter les travers habituels ? Réponse le 23 novembre sur Netflix.


À LIRE


Mfon: Women Photographers of the African Diaspora
L’ambition de Mfon est de créer une sorte de répertoire documenté de femmes photographes de la diaspora. Fondée par Laylah Amatullah Barrayn, Mfon, sera un journal bi-annuel couvrant l’actualité des photographes noires dans le monde. Le premier numéro en recensera une centaine et contiendra articles et essais.

Mfon: Women Photographers of the African Diaspora - 25$ - disponible en pré-commande ici


Black Dada Reader
Nous n'avons pas encore eu l'occasion de nous plonger dans ce beau-livre, sorti à la fin du mois de septembre. Mais le titre prometteur le place très haut dans notre wishlist. Edité par l’artiste Adam Pendleton, Black Dada Reader est une collection d’articles et d’archives qui essaye de cartographier une esthétique noire et dada. Une définition large et controversée, un peu « post-blackness » sur les bords, qui comprendrait aussi bien Adrian Piper que Gertrude Stein. De quoi aiguiser notre curiosité.

 

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Adam Pendleton - Black Dada Reader - Septembre 2017- 352 pages - 41$ - disponible ici


Once in Harlem
Harlem a souvent été racontée en images. Des photographes venant des quatre coins des États-Unis, et du monde, se sont succédés dans la « Mecque de l’Amérique noire » pour documenter, immortaliser son énergie et sa culture. Certains pour des raisons plus honorables que d’autres.

C’est la deuxième catégorie qui a amené Sharifa-Rhodes Pitts auteure de Harlem is Nowhere : A Journey to the mecca of Black America à poser des questions importantes, en évoquant le travail d’Aaron Siskind et de Bruce Davidson à Harlem :

« Nous apprenons rarement dans quelles circonstances telles photographies sont prises. Comment Davidson et Siskind ont-ils pu entrer ? (...) Qui leur a donné l’accès? Et après avoir eu accès, qui a donné la permission? (...) trop souvent, dans la photographie documentaire, la transaction est obscurcie et la présence de l'œil n'est pas prise en compte. »

Dans le cas de Katsu Naito, ces questions ne se posent pas. Ses sujets sont photographiés dans une rue qui est aussi la sienne. À l’époque le jeune japonais vivait à Harlem depuis 2 ans et c’est cette réelle proximité qui lui donne accès. Ses sujets lui font confiance et c’est visible. Ainsi, Once in Harlem est une fresque d’un autre Harlem de la décennie 90 dont la vitalité ferait presque oublier les horribles années crack.

Katsu Naito - Once in Harlem - Octobre 2017- 100 pages - 40$ - disponible ici


One People, One Nation, One Destiny
Pour beaucoup, l’idée de visiter un pays commence et s’arrête à ses monuments, ou autres trésors inanimés. Et si pour une fois l’on s'intéressait à ceux qui font son âme ?

One People, One Nation, One Destiny est la devise du Guyana et l’aboutissement d’un travail de 3 ans pour Jamain Gordon. Pour son projet de fin d’études autour du « chez-soi », ce jeune anglo-guyanien est retourné sur sa terre natale. Il en est revenu avec ces portraits intimes, accompagnés d’une note manuscrite où chacun des sujets de 13 à 82 ans nous livrent sa vision du Guyana.

Loin de la profession de foi patriotique que laisserait envisager le titre, c’est une véritable lettre d’amour au Guyana qui s’écrit à travers ces témoignages.

One People, One Nation, One Destiny • Juin 2017 • 74 pages • 14 £ •  disponible ici


À EXPLORER


  • In the Name of Sun Ra jusqu’au 3 Novembre à Paris Diderot (Paris 7) - une installation in situ créée en l’honneur du génie du jazz et père de l’afrofuturisme.

  • La foire d’art contemporain africain AKAA qui s’installe pour sa deuxième édition du 10 au 12 Novembre au Carreau du Temple.

  • Sensus Plenior de Steffani Jemison à Jeu de Paume jusqu’au 21 janvier 2018.

  • Mali Twist du photographe Malick Sidibé à la Fondation Cartier jusqu’au 20 Février 2018 - une impression de déjà vu à Paris, mais le travail de Malick Sidibé ne sera jamais assez vu.

  • Si vous nous lisez de Cape Town, ou prévoyez d’y aller, le MOCAA premier musée entièrement consacré à l’art contemporain africain vient d’y ouvrir ses portes.


À SUIVRE


@432hzcollective
Dans le paysage de l’art-performance français, le collectif 432hz est un vent de fraîcheur. Composé de Helma Saur, Nirina Lune et Daëna, le collectif propose une expérience « transmédia » , multipliant leurs apparitions à travers différents supports. Leur compte instagram, mêlant photo et vidéos de leurs performances, donne un avant-goût de leur projet protéiforme qui a la guérison pour noble horizon.

@scarvillek
Sur son feed, mêlé à son propre travail, l’artiste Keisha Scarville partage tout ce qui influence profondément sa pratique. Un bel aperçu de ce qui aurait motivé sa série de collage passports.


SUR ATOUBAA


  • Découvrez le travail de Laura Ferdinand et ses observations intérieures.
  • Raïssa et Nathalie ont transformé leur garage en studio créatif. Les jeunes femmes nous présentent cet espace atypique, culmination d’années d’expérimentations entrepreneuriales et d’échecs.

  • Que signifie être créative ? Comment concilier son activité salariale et cette urge de créer ? Comment en vivre ? Accompagnées de deux invitées Tounzi (www.manufactoriel.tumblr.com) et Adeline (www.calendé.fr), Marty & Adama décortiquent leurs parcours et pratiques créatives.

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